Randonnée à La Clusaz : 5 itinéraires que j'ai testés
L’essentiel : Cinq sentiers autour de La Clusaz couvrent tous les niveaux : le lac de Peyre pour une demi-journée facile, la crête de la Forclaz pour la vue panoramique, la…
Tu es devant la carte IGN des Aravis, ou devant les panneaux jaunes du parking des Confins, et tu ne sais pas lequel choisir. Le panneau annonce 2 h 30 pour un truc qui t’en prendra 3 h 20 avec les pauses photo et le pique-nique. Et personne ne te dit si la source du haut coule encore fin août, ni pourquoi cette crête magnifique se transforme en soufflerie après 14 h. Tu veux marcher, pas te tromper.
Voilà cinq sentiers que j’ai faits, sac au dos, montre en main, avec les temps réellement constatés et pas ceux du prospectus. Tu sauras où te garer avant 8 h les week-ends de juillet, où remplir ta gourde, quelles montées cassent les jambes plus qu’elles n’en ont l’air. De quoi rentrer chez toi avec trois ou quatre noms notés sur un carnet, et l’envie d’y aller.
Pourquoi La Clusaz est ma station de rando préférée
Le village est posé dans une cuvette, à 1 040 mètres, coincé entre la chaîne des Aravis à l’est et le massif de Beauregard à l’ouest. Cette configuration change tout pour le marcheur. Vous n’avez presque jamais à faire une longue approche de vallée avant d’attaquer la pente.

La roche, ici, c’est du calcaire urgonien. Concrètement, ça donne des barres grises très verticales, des lapiaz (ces dalles fissurées qui ressemblent à un plancher cassé) et très peu d’eau en surface. Retenez ce dernier point. Sur les crêtes des Aravis, l’eau s’infiltre dans le calcaire et disparaît, donc les points de ravitaillement sont rares en dehors des chalets d’alpage.
Ce que j’aime dans la marche à La Clusaz, c’est la vitesse de transition. Vous partez sous les épicéas, vous traversez une combe herbeuse pleine de gentianes, et 40 minutes plus tard vous êtes sur du caillou nu avec 800 mètres de vide sous les pieds. Peu de massifs offrent ce raccourci.
Les alpages restent exploités, ce n’est pas du décor. Vous croiserez des troupeaux d’abondances, des chiens de protection parfois, et des reblochonneries fermières où l’on vend directement. Adaptez votre comportement : contourner large, ne pas courir, tenir son chien.
Dernier atout, et pas le moindre pour ceux qui ont des enfants ou des genoux fatigués : les remontées mécaniques tournent l’été. La télécabine de Beauregard et le télésiège de l’Aiguille avalent plusieurs centaines de mètres de dénivelé. Le site officiel de l’office de tourisme de La Clusaz publie les périodes d’ouverture, qui bougent chaque saison. La bonne fenêtre pour randonner ici va de mi-juin à fin septembre.
Itinéraire 1 - Lac de Peyre : la rando facile et accessible
Si tu débarques dans les Aravis pour la première fois, ou si tu marches avec des enfants, c’est par là que je te dis de commencer. Le départ se fait depuis le col de la Colombière, à 1 613 mètres, donc l’altitude est déjà acquise avant même de lacer les chaussures.

Parcours, durée, ce qu’on y voit
Le sentier part côté nord du col et file en balcon au-dessus de la vallée du Reposoir. Peu de raidillons, une pente régulière, un cheminement large sur la première moitié. Tu montes environ 450 mètres de dénivelé pour atteindre le lac, blotti à un peu plus de 2 000 mètres au pied des falaises de Peyre.
Sur le papier, on te vendra 1h15 de montée. Compte plutôt 3 heures aller-retour avec les pauses, les photos et le temps passé assis au bord de l’eau, parce que personne ne repart tout de suite. Le lac est petit, sombre, coincé sous une muraille calcaire qui reste à l’ombre une partie de la matinée.
Le refuge de Peyre, juste au-dessus, sert à boire et à manger en saison. C’est ton seul point de ravitaillement fiable : pars quand même avec un litre par personne, il n’y a pas de source sûre sur le trajet.
Le parking du col se remplit vite. En août, arrive avant 9h ou tu te gareras 300 mètres plus bas le long de la route, ce qui rallonge le retour d’un quart d’heure sur le bitume. La saison utile va de juin à septembre, la neige tient parfois tard dans la combe. Les topos détaillés du secteur sur Visorando donnent la trace exacte si tu veux la charger avant de partir.
Itinéraire 2 - Crête de la Forclaz : la vue à 360°
Quand tu as fait Peyre et que tu veux monter d’un cran sans y laisser la journée, c’est là que je t’envoie. Une remarque avant tout : ne confonds pas cette crête avec le col de la Forclaz de Montmin, au-dessus du lac d’Annecy. Ce sont deux endroits différents, et les GPS s’y trompent régulièrement.

Parcours, durée, ce qu’on y voit
Le départ se fait depuis le secteur du col de la Croix Fry, côté Manigod, ou plus haut si tu profites des remontées ouvertes en été. Compte environ 500 à 600 mètres de dénivelé et trois heures aller-retour en marchant tranquillement, pauses photo comprises. Les topos annoncent souvent deux heures trente. Sur le terrain, avec des enfants ou un pique-nique, tu seras plus proche de quatre.
La montée traverse d’abord l’alpage, herbe rase et bouses fraîches, puis se redresse sur un sentier caillouteux. Là, plus d’ombre. Prends deux litres par personne : je n’ai croisé aucune source fiable sur la partie haute, seulement un abreuvoir à vaches que je ne te conseille pas. Le refuge le plus proche reste en contrebas, côté chalets d’alpage, et les ouvertures varient d’une saison à l’autre.
En haut, la récompense tient en un tour sur soi-même : la chaîne des Aravis dentelée d’un côté, la Tournette bien reconnaissable au sud-ouest, et le Mont Blanc à l’est par temps clair. Le matin, la lumière rase les crêtes calcaires et c’est le meilleur moment.
Le vent, lui, se lève souvent en début d’après-midi. J’ai appris à mes dépens ce que valent les nuages qui surgissent des Aravis : en parapente, au-dessus de la Forclaz de Montmin, j’ai vu le ciel se fermer en moins de trois minutes. Regarde l’ouest toutes les vingt minutes. Si les cumulus s’empilent, redescends.
Itinéraire 3 - Chaîne de l’Aravis : pour les jambes solides
Changement de registre. Ici, on quitte les sentiers de balade pour une ligne de crête calcaire qui ne laisse aucune marge à l’improvisation. Si tu marches quatre heures par sortie sans souffrir, tu peux y aller. Sinon, garde-la pour l’an prochain.

Parcours, durée, ce qu’on y voit
Le schéma classique part du col des Annes ou du plateau de Beauregard, monte par une combe (Paccaly, Grand Crêt) et rejoint l’arête au niveau du Trou de la Mouche, cette brèche naturelle percée dans la roche. De là, la crête déroule vers la Tête Pelouse et le refuge de Gramusset, au pied de la Pointe Percée. Compte 1 200 à 1 400 mètres de dénivelé cumulé et sept à huit heures réelles, pauses et photos comprises. Les topos annoncent souvent six heures. Sur le terrain, avec un groupe, tu dépasses toujours.
La vraie difficulté, ce n’est pas la pente. C’est le terrain : des dalles inclinées, quelques passages câblés ou aériens où tu poses les mains, et du caillou qui roule sous la semelle en descente. Par temps humide, le calcaire poli devient une patinoire. Je te déconseille formellement d’y aller le lendemain d’un orage.
Autre point que personne ne mentionne assez : il n’y a pas d’eau sur la crête. Pas une source, pas un ruisseau. Trois litres par personne en juillet, ce n’est pas exagéré. Le refuge de Gramusset reste le seul ravitaillement fiable de la traversée, et il ne se trouve pas sur ton chemin si tu bascules tôt.
Prépare ta sortie de secours avant de partir : chaque combe redescend vers le col des Annes en une heure trente environ. Les topos détaillés du secteur te donnent les bifurcations exactes. Repère-les sur la carte, pas sur ton téléphone.
Itinéraire 4 & 5 - Lac de Pormenaz et Pointe de Nantaux
Ces deux-là ne sont pas des randonnées de La Clusaz à proprement parler. Il faut prendre la voiture, compter plus d’une heure de route dans les deux cas, et accepter de perdre une matinée sur le trajet. Si tu restes une semaine, ça vaut le coup. Sur trois jours, oublie.

Deux boucles complémentaires
Le lac de Pormenaz se rejoint depuis Plaine-Joux, au-dessus de Passy, à environ 70 kilomètres de La Clusaz par Cluses puis la vallée de l’Arve. Le sentier grimpe dans la forêt puis débouche sur un replat de tourbière, avec le lac posé sous les rochers et le massif du Mont-Blanc en face. Compte autour de 700 mètres de dénivelé et 5 heures avec les pauses. Le refuge de Moëde-Anterne, un peu plus haut sur le chemin d’Anterne, permet de boire et de manger, mais renseigne-toi sur son ouverture avant de compter dessus. Sur la tourbière, reste sur les caillebotis, le sol est fragile et tu t’enfonces.
La Pointe de Nantaux, au-dessus de Morzine, joue une autre carte : un sommet herbeux à 1 984 mètres, une montée régulière et raide d’environ 1 100 mètres, et une vue qui bascule d’un coup sur le lac Léman. La grande différence avec les crêtes des Aravis, c’est l’herbe, presque partout, jusqu’en haut. Ça glisse par temps humide, en descente surtout. Aucune source fiable sur l’itinéraire : pars avec deux litres. Les topos détaillés de Visorando te donneront les variantes de départ.
Fais ces deux sorties par beau temps stable, en juillet ou en août. Par ciel bouché, tu montes pour rien : ici, tout l’intérêt tient au panorama.
Conseils pratiques pour bien randonner à La Clusaz
Peu importe l’itinéraire que tu choisis, il y a des règles communes qui changent une journée réussie d’une journée subie. Elles tiennent en quelques gestes.

La fenêtre utile va de mi-juin à fin septembre. Avant la mi-juin, les combes nord des Aravis gardent des névés durs qui piègent les marcheurs sans crampons. En octobre, la lumière est splendide mais les jours raccourcissent vite et beaucoup de refuges ont fermé. Pars tôt, entre 6h et 7h en juillet-août : tu montes au frais, tu trouves une place de parking, et tu redescends avant les orages de fin d’après-midi.
Le stationnement, c’est la vraie difficulté du mois d’août. Les parkings de départ des cols se remplissent avant 9h, celui de la Colombière compris. Si tu arrives à 10h, change de plan plutôt que de te garer n’importe où sur le bas-côté, tu bloques les engins agricoles.
Les télécabines de la Balme et de Beauregard fonctionnent l’été et t’offrent environ 600 mètres de dénivelé gratuits. Je les utilise sans complexe pour les journées longues en crête, ou quand je monte avec quelqu’un qui débute. Les dates et horaires bougent chaque saison, vérifie sur le site officiel de La Clusaz avant de partir.
Deux litres d’eau par personne, minimum, dès que tu quittes les alpages. Le calcaire des Aravis ne retient rien : les sources sont rares et souvent taries en août.
Ce même calcaire devient une patinoire au moindre brouillard. Des semelles crantées récentes, pas des baskets de trail lisses. Et si un patou vient vers toi dans un alpage, arrête-toi, baisse les bâtons, contourne large. Tu passeras.
Commence par le lac de Peyre un samedi de fin juin, en partant du parkingt tôt, avant que la chaleur ne s’installe sur les alpages. Tu marcheras deux heures et demie environ, tu croiseras des troupeaux, et tu arriveras devant une cuvette d’eau claire qui te fera oublier l’effort des derniers lacets. Garde une petite laine dans le sac : même en plein été, le vent qui descend des Aravis refroidit vite quand tu t’assieds pour manger. Si ce premier sentier te met en confiance, la crête de la Forclaz t’attend le lendemain, et là tu comprendras pourquoi je reviens ici chaque année.
Alpiniste, parapentiste et rédacteur outdoor
Je m’appelle Marc Dufour, j’ai 38 ans et je suis né à La Clusaz, au cœur de la Haute-Savoie. Enfant, j’ai grandi entre les pentes de ski et les sentiers de randonnée - la montagne n’était pas un loisir, c’était mon terrain de jeu quotidien. À 16 ans, j’ai découvert l’alpinisme lors d’une sortie scolaire au Mont-Blanc, et j’ai su que c’était ma voie.